Roulement de tambours et cymbales. On franchit le seuil d’une exposition de Yoann Estevenin comme on irait au spectacle. En nœud pap’, avec le désir coupable de ressentir un frisson nous courir l’échine. De se sentir vivant. Car les fauves sont lâchés. À tout moment tout peut déraper. Le trapèze peut se rompre, l’avaleur de sabre se vider de son sang et l’homme- obus tomber à côté du filet.

Entre fascination pour l’étrange et rituel festif, entre rêve et cauchemar, rires et sueurs froides, les dessins, les sculptures et les installations de Yoann Estevenin nous font danser en équilibre sur la corde raide. En tension. Il y a quelque chose d’un Monsieur Loyal chez cet artiste qui semble sonder les tréfonds de nos esprits tortueux, en extirper la moelle de nos peurs enfantines et le suc de nos fantasmes les plus secrets.

Il couche tout cela sur le papier dans des dessins au trait virtuose et aux couleurs chatoyantes. Intuitifs et spontanés, ces dessins parfois carnavalesques relèvent de " l’inquiétante étrangeté " chère à Freud. On y croise clowns et monstres, faunes, elfes et satyres, nez crochus et mains griffues, masques multifaces et costumes multicolores, fétiches et colifichets, dents de requin et menue monnaie...

Quant aux sculptures en fer forgé ou céramique, elles semblent jouer avec les lois de la gravité. On se laisse sombrer avec délice dans cet univers fantaisiste où Ensor prend le thé avec Buster Keaton ou le Joker de Batman, pendant que les freaks de Tod Browning et Grayson Perry s’invitent chez Chagall. Résolument placée du côté du vivant et du vibrant, l’œuvre de Yoann Estevenin est déjà très remarquée sur la scène artistique... Alors, mes- sieurs, mesdames applaudissements !

 

 

Anaïd Demir, Catalogue des diplômés, Juin 2019